Le Livre, tome II, p. 283-299

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 283.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 283 [299]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 284.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 284 [300]. Source : Internet Archive.

les feuilles vierges confiées à leurs soins ont, par leur négligence barbare, perdu leur dignité, leur beauté, leur valeur, nous ramasserions les rognures si impitoyablement enlevées, pour faire rôtir les coupables par leur lente combustion. Dans l’ancien temps, avant qu’on ait appris la valeur des reliques de nos premiers imprimeurs, il y avait quelque excuse pour les péchés du relieur, qui s’égarait par l’ignorance, si générale alors ; mais, de nos jours, où la valeur historique et intrinsèque des anciens ouvrages est partout reconnue, on doit être sans pitié pour une aussi coupable négligence. »

« De Rome[283.1], relieur célèbre du xviiie siècle, à qui Dibdin a donné le sobriquet de « grand tondeur », raconte encore William Blades[283.2], était, dans sa vie privée, un homme estimable ; mais il se livrait avec amour au vice de réduire les marges des livres qu’on lui confiait à relier. Il est allé si loin dans cette rage de rogner, qu’il n’a pas épargné un bel exemplaire des Chroniques de Froissart sur vélin, dans lequel se trouve un autographe du bien connu bibliophile de Thou, qu’il a taillé sans pitié ni merci[283.3]. »

[II.299.283]
  1.  On écrit plus généralement Derome ↩
  2.  Op. cit., p. 105.  ↩
  3.  Dans son Voyage bibliographiqueen France, Dibdin, dont il vient d’être question, reproche à beaucoup de livres rares (manuscrits et incunables) de la Bibliothèque Royale (aujourd’hui Nationale) d’avoir été trop rognés par les relieurs (Derome et autres). Ce reproche, cette remarque, dit G.-A. Crapelet, dans une note de sa traduction de cet ouvrage (t. III, p. 265), « ne paraîtra peut-être pas aussi désintéressée qu’elle le semble d’abord, si l’on considère que M. Dibdin est bibliothécaire de lord Spencer, qui possède aussi la plupart de ces beaux livres, et qu’il trouve satisfaction et contentement d’amour-propre national à décerner la palme à presque tous les livres de son patron, rivaux de ceux de la plus riche bibliothèque du monde ». Et, dans la suite de cette note, G.-A. Crapelet démontre que la plupart de ces beaux livres ne sont réellement pas « trop rognés ».  ↩

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