Le Livre, tome II, p. 337-353

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 337.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 337 [353]. Source : Internet Archive.

du bibliophile ; il vit au milieu d’eux dans une quiétude sans égale, dans le bonheur intime du droit de possession, dans des ravissements béatifiques et infinis, il passe de longues heures à les contempler, à les aligner, à les soigner, essuyer, épousseter avec une joie enfantine ; il les connaît page par page, ligne par ligne ; il les apprécie par des affinités variées de sensations douces et charmantes ; il pense enfin, avec Montaigne, que ces bons et sûrs amis, que ses livres, sont encore la meilleure munition qu’il puisse trouver à cet humain voyage.

« L’emprunteur, bibliophage et insouciant, ne calcule rien de tout cela ; il tombe au milieu de ces doctes jouissances comme un renard dans un poulailler ; il est possédé tout à coup d’une fringale de lecture ; il arrive et laisse gravir impudemment ses convoitises sur les rayons où juchent les volumes que son esprit voudrait dévorer ; il implore avec des paroles caressantes, il jure ses grands dieux que l’emprunt qu’il fait est un emprunt forcé, il affirme que le livre demandé sera couvert soigneusement, enveloppé, serré sous clef, loin des regards indiscrets et des mains malheureuses ; il invoque l’amitié la plus confraternelle, la sympathie la moins déguisée, et promet de rendre le livre dans la huitaine. — C’est, hélas ! la cigale qui quémande à la fourmi. Et la cigale est oublieuse !

« La fourmi ne doit pas se laisser séduire, elle

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