Le Livre, tome II, p. 338-354

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 338.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 338 [354]. Source : Internet Archive.

doit être calme et inflexible, et répondre sans cesse et toujours par le plus formel refus.

« Le bibliophile qui prête un livre se fait injure à lui-même ; il travaille à ses peines, à ses insomnies, au châtiment de sa générosité….

« Le bibliophile qui prête un volume s’en repent toujours ; ce sont d’abord des craintes vagues, un sentiment curieux d’inquiétude, qui l’obsèdent, un agacement inconscient qui le tracasse ; il sent qu’il lui manque quelque chose, et la place béante laissée par l’absent sur les rayons de sa bibliothèque le fait frémir furtivement.

« Il n’y a rien que l’on rende moins fidèlement que les livres, dit sentencieusement un moraliste ancien ; l’on s’en met en possession par la même raison que l’on dérobe volontiers la science des hommes, desquels on ne voudrait pas dérober l’argent. » Un livre prêté est, en effet, à moitié perdu ; l’emprunteur le plus honnête s’accoutume à sa vue, il en remet de jour en jour la restitution, et arrive, sans qu’il y songe, à se faire tacitement une morale à la Bilboquet : « Ce livre pourrait être à moi… il devrait être à moi… il est à moi ». Au surplus, on ne se gêne guère avec les livres des autres, on en use sans façon ; ce sont les mains humides, les cendres du cigare, la poudre de l’écritoire, que sais-je ! Tout contribue à maculer les pages virginales.

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