Mot-clé - Chevillier (André)

Fil des billets - Fil des commentaires

Le Livre, tome III, p. 130-144

Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 130.
Albert Cim, Le Livre, t. III, p. 130 [144]. Source : Internet Archive.

premiers temps, on n’a fait mieux qu’en France. Le plus ancien historien de l’imprimerie parisienne, André Chevillier (1636-1700), invoquant l’autorité d’un écrivain d’outre-Rhin, le constate en ces termes : « Si les Allemands ont eu la gloire d’avoir inventé l’imprimerie et de l’avoir pratiquée les premiers, les Français ont eu celle de s’être distingués dans cet art, et de l’avoir porté jusqu’au point de sa dernière perfection. Un savant Allemand, Henry Meibomius [1555-1625], qui écrivit, l’année 1604, le Chronicon Riddaghusense, en tombe d’accord, quand il dit : « Quod scribendi genus ut Moguntiæ in Germania inventum, ita apud Italos excultum, et in Galliis demum perfectum est ». Ce sont les Français qui ont fait les plus beaux ouvrages de l’imprimerie[130.1]. »

Une autre particularité à noter, c’est que l’invention de l’imprimerie, en même temps qu’elle donnait au Livre, dont elle abaissait considérablement le prix de revient et par suite le prix de vente, une soudaine et très grande extension, en amoindrissait aussi les mérites artistiques et la somptuosité. C’est, du reste, une règle générale et infaillible : ce qu’on gagne en quantité on le perd en qualité. Dans son bon petit ouvrage sur l’Art de la reliure en France[130.2],

[III.144.130]
  1.  André Chevillier, l’Origine de l’imprimerie de Paris, page 58.  ↩
  2.  Pages 41-43.  ↩

Le Livre, tome II, p. 148-164

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 148.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 148 [164]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 149 [165]. Source : Internet Archive.

peut dire, le sentiment de la lecture, le plaisir que vous vous étiez promis ne deviendra-t-il pas un supplice ? et quel profit rapporterez-vous de ce labeur ? Ainsi en est-il d’un livre où les incorrections, l’imperfection du tirage, le peu d’élégance ou l’usure des caractères offensent le regard, lassent la patience et mettent à chaque instant le lecteur en défiance de l’exactitude du texte qu’il a sous les yeux. Avec quel plaisir, au contraire, — plaisir intime et charmant, — l’intelligence se laisse aller à suivre ces élégantes petites avenues, si gracieuses, si bien alignées, où le spectacle qui se déroule le long du chemin apparaît mille fois plus attrayant et sympathique ; avec quelle jouissance l’homme sérieux dévore ce volume, où l’exactitude scrupuleuse de la correction, l’égalité parfaite du tirage, le choix intelligent et délicat d’un type approprié à la nature de l’œuvre, viennent s’ajouter à la beauté des caractères, aux harmonieuses proportions du format et de la justification[148.1] ! »

C’est ce qui faisait dire à l’un des anciens historiens de l’imprimerie, à André Chevillier (1636-1700) : que « rien n’est plus agréable aux yeux » qu’un beau livre, et qu’ « on ne se lasse point de le regarder[148.2] ».

[II.164.148]
  1.  Op. cit., pp. 162-163. La justification, c’est-à-dire « la longueur des lignes ». (Littré, Dictionnaire.)  ↩
  2.  C’est à propos du Corps du Droit civil, avec les commentaires d’Accurse, imprimé à Paris, en 1576, en cinq volumes in-folio, que Chevillier témoignait cet enthousiasme, enthousiasme qu’il explique, d’ailleurs, et justifie par la description détaillée, et en quelque sorte technique, de l’ouvrage en question : « … Livre où l’on voit, dans une même page, un très grand travail, toutes sortes de bons caractères gros et menus, une bonne encre, le rouge mêlé agréablement avec le noir, le grec bien formé, cinq ou six colonnes d’impression, les lignes bien droites, les mots bien assemblés, une bonne correction, enfin une feuille chargée de différents caractères, et le tout sans confusion. C’est, à mon avis, un chef-d’œuvre de l’art, et ce que j’ai vu, en matière d’imprimerie, de plus accompli, et de plus agréable aux yeux. On ne se lasse point de regarder ce livre quand on l’a en grand papier, » etc. (André Chevillier, l’Origine de l’Imprimerie de Paris, p. 60. Paris, Jean de Laulne, 1694.) Cf. aussi, sur cet ouvrage, ce « chef-d’œuvre de l’art », imprimé par Olivier Harsy, Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 789.  ↩

Le Livre, tome I, p. V-021

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. V.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. V [021]. Source : Internet Archive.

torien littéraire, je me suis gardé tant que j’ai pu de l’à peu près, et appliqué, de toutes mes forces aussi, à être exact : l’exactitude, même dans « notre France invérificatrice[V.1] », devant être

[I.021.V]
  1.  L’expression est de l’abbé Rive, la Chasse aux Bibliographes et aux antiquaires mal-avisés… t. I, p. 233, n. 1. (Londres, N. Aphobe, etc., 1789. In-8.) A propos des citations et de la nécessité de donner ces textes non seulement avec la plus scrupuleuse exactitude, mais aussi avec l’indication de leurs sources, afin d’en faciliter le plus possible le contrôle, écoutons encore un de nos devanciers, André Chevillier, l’auteur de l’Origine de l’imprimerie de Paris (Paris, Jean de Laulne, 1694 ; in-4) : « Quelqu’un, dit-il, dans la préface de cette « dissertation historique et critique », trouvera peut-être qu’il y a trop de passages [cités] dans ce livre. Je n’ai point pu faire autrement ; ils servent ordinairement de preuves aux faits qu’on y avance. J’ai considéré que le lecteur d’un livre nouveau en devient le juge. Les juges ne doivent rien croire que ce qu’ils voient prouvé dans les procédures ; et ils forment leurs idées plus fortes ou plus faibles, à proportion de la force des preuves. Dans un siècle d’érudition, comme celui où nous sommes, et qui a l’abondance des livres, personne ne doit être cru sur sa simple parole. Il faut avoir en main la preuve de ce qu’on avance. Les seules citations des auteurs mises en marge sont quelque chose ; mais, à mon avis, ce n’est pas assez ; elles laissent au lecteur la peine d’aller chercher le passage, ce qui souvent n’est pas aisé, et toujours la crainte qu’on n’ait pas bien pris le sens de l’auteur. Les passages mis devant les yeux lèvent toute difficulté : celui qui les lit en tire lui-même les conséquences, et y exerce sa critique, comme il a droit de le faire…. »  ↩