Le Livre, tome II, p. 311-327

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 311.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 311 [327]. Source : Internet Archive.

ouvrages-là sont dans les mains de tout le monde. Le reste n’est bon qu’à être dévoré par les vers ou mis en cendres. — Et vous êtes bibliothécaire ! repris-je en lui tournant le dos. »

C’est en 1852 ou 1853, à la Bibliothèque de l’Arsenal, que la scène s’est passée. Bien entendu, parmi ces cinquante ou soixante ouvrages sauvés du désastre, ceux du barde en question devaient se trouver, ou plutôt il ne devait plus rester sur terre que ceux-là, que le recueil de ses chants patriotiques et bibliques, fort émouvants d’ailleurs, vibrants, fulgurants et superbes[311.1].

[II.327.311]
  1.  Dibdin raconte, dans son Voyage bibliographiqueen France (t. IV, p. 28), que « Barrère [le conventionnel] proposa à Mercier [de Saint-Léger] comme une pensée lumineuse, d’extraire un abrégé du contenu de chaque livre de la Bibliothèque nationale ; de faire imprimer avec magnificence ces extraits par Didot, et ensuite de brûler tous les livres d’où ils auraient été pris. Cet idiot révolutionnaire ne pensa seulement pas qu’il pourrait exister mille exemplaires du même ouvrage, et que plusieurs centaines de ces exemplaires pouvaient se trouver hors de la Bibliothèque. » Mais, comme le fait très bien observer le traducteur et annotateur Crapelet, toujours si exact et si judicieux, « il est probable que cette anecdote n’a d’autre source que l’imagination de M. Dibdin…. Barrère, fougueux révolutionnaire…, a toujours été l’ami des lettres, et l’auteur ne pouvait pas plus mal choisir le héros de son anecdote. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 218-234

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 218.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 218 [234]. Source : Internet Archive.

bibliotaphe, d’un « enterreur de livres ». En effet, semblable à l’avare qui cache son trésor, pareil à l’amoureux qui ne confie sa belle à personne, le passionné du livre doit, logiquement et fatalement, garder pour lui seul, avec un soin jaloux, l’objet de sa tendresse.

Il est aussi — mais le fait est bien plus rare, heureusement — doublé parfois d’un biblioklepte, d’un « voleur de livres ». Ainsi Dibdin (1776-1847), l’un des plus célèbres bibliographes de l’Angleterre, nous avoue, dans une de ses lettres[218.1], qu’il se félicite d’avoir pu rester seul dans une bibliothèque publique (celle de Strasbourg), « sans que sa conscience ait aucun reproche à lui faire », c’est-à-dire, sans euphémisme et tout nettement, sans avoir succombé à la tentation de glisser quelques précieux volumes dans ses poches[218.2].

Ces fervents des beaux livres et des somptueuses reliures ont été durement malmenés par un chroniqueur du siècle dernier, Edmond Texier (1816-1887), qui a eu son heure de vogue.

[II.234.218]
  1.  La xxxve : Révérend Thomas Frognall Dibdin, Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France, traduit de l’anglais, avec des notes par Théodore Licquet et G.-A. Crapelet (Paris, Crapelet, 1825, 4 vol. in-8). Voir le tome IV, page 350, et la note de Crapelet de la page 176.  ↩
  2.  J’ai recueilli, dans mon volume Amateurs et Voleurs de livres (Paris, Daragon, 1903), les noms des plus fameux bibliokleptes, et les anecdotes les plus piquantes qui les concernent : je n’y reviendrai pas ici.  ↩

Le Livre, tome I, p. VI-022

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. VI.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. VI [022]. Source : Internet Archive.

et devant rester « la première vertu du bibliographe », comme se plaisait si bien à répéter le consciencieux érudit et habile imprimeur Crapelet[VI.1]. S’il ne m’a pas toujours été possible, pour tant d’extraits et d’exemples, de remonter à la source originale, du moins ai-je toujours eu soin, autant par probité et scrupule d’écrivain que par prudence, d’indiquer avec précision ma référence, quelle qu’elle fût, de façon que ma citation ou mon assertion put être vérifiée sur-le-champ et sans peine.

Après deux volumes consacrés à l’historique du livre et de la lecture, aux diverses façons de lire, au choix des livres, aux relectures, aux bibliolâtres, bibliophobes, emprunteurs de livres, etc., j’aborde la question pratique, la fabrication actuelle du livre : papier, impression, reliure ; viennent ensuite l’achat des livres, l’aménagement des bibliothèques, l’usage et entretien des livres. Un dernier volume comprendra : la liste des abréviations, des locutions latines, termes géographiques latins, chiffres romains, signes typographiques, etc., usités en

[I.022.VI]
  1.  Ap. Dibdin, Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France, trad. Licquet et Crapelet. t. IV, p. 124. (Paris, Crapelet, 1825.)  ↩