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Le Livre, tome II, p. 260-276

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 260.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 260 [276]. Source : Internet Archive.

pour la plupart, quelque satirique allusion. On y trouve ceux-ci, par exemple : Art de compliquer les questions simples, par l’abbé Galiani ; — Véritable utilité de la guerre, par les frères Paris (qui s’étaient enrichis comme fournisseurs des armées) ; — Dictionnaire portatif des métaphores et des comparaisons, par S.-N.-H. Linguet (trois énormes volumes) ; — Du pouvoir de la musique, par M. Sedaine (de méchantes langues attribuaient la réussite des pièces de Sedaine aux charmantes compositions de Grétry et de Monsigny) ; — De l’emploi des images en poésie, par M. Dorat (on sait que le succès des Baisers de Dorat fut dû uniquement aux admirables gravures d’Eisen) ; etc.

On rencontre encore fréquemment des bibliothèques de ce genre, — de ces rangées de livres peintes sur des panneaux de bois, principalement sur des portes, comme pour les masquer ; — il existe des spécimens de ces bibliothèques fictives ou bibliothèques factices, notamment dans le château de Compiègne et dans celui de Chantilly.

Le mot de Diogène (413-323 av. J.-C.) : « Avoir des livres sans les lire, c’est avoir des fruits en pein­ture[260.1], » se vérifie donc ici textuellement et se matérialise en quelque sorte.

« Il vous faut à tout prix de longues rangées de

[II.276.260]
  1.  Ap. Fertiault, les Légendes du livre, p. 156.  ↩

Le Livre, tome II, p. 251-267

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 251.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 251 [267]. Source : Internet Archive.

ment pleins de vieux livres. Il achetait des livres dans tous les pays, et possédait des bibliothèques dans les principales villes de l’Europe, notamment à Oxford, à Paris, à Bruxelles, à Gand et à Anvers. Comme il y avait de ces villes où il n’allait jamais, il s’est trouvé propriétaire d’innombrables volumes qu’il n’a jamais vus[251.1].

 

Mais le plus fameux peut-être dans cette catégorie, c’est notre concitoyen Boulard, Antoine-Marie-Henri Boulard (1754-1825)[251.2], exécuteur testamentaire de La Harpe, à qui, durant la Révolution, il avait quasiment sauvé la vie[251.3], ancien notaire, devenu maire

[II.267.251]
  1.  F. Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 265 ; et Larousse, op. cit.  ↩
  2.  Ne pas le confondre avec son homonyme Sylvestre Boulard (1750-1809 ?), imprimeur, libraire et bibliographe, auteur d’un Traité élémentaire de bibliographie (Paris, Boulard, an XIII [1804] ; in-8 ; 140 pp.) ; ni, comme l’a fait très drôlement Jean Darche, dans son Essai sur la lecture, pp. 361 et 363, avec Michel Boulard (1761-1825), ouvrier tapissier, fondateur de l’hospice Saint-Michel, à Saint-Mandé : « Un notaire de Paris, M. Boulard, que certains nomment Tapissier, avait été un bibliophile…. C’est ce même Boulard qui a consacré douze cent mille francs pour l’établissement des vieux ouvriers tapissiers de Saint-Mandé. »  ↩
  3.  « Pendant la Révolution, quoique religieux et riche, Boulard ne fut point inquiété : sa charité fut sa sauvegarde ; et c’est avec un grand courage que, pendant la tourmente, il arracha plusieurs victimes à l’échafaud. Son ami La Harpe, décrété d’arrestation, se réfugia dans sa maison, où il trouva un asile sûr, avant de pouvoir quitter Paris. » (Numa Raflin, A.-M.-H. Boulard, Bulletin de la Société historique du VIe arrondissement de Paris, janvier-juin 1904, p. 47.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 249-265

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 249 [265]. Source : Internet Archive.

Parmi les plus insatiables acquéreurs de livres et les maniaques qui en achètent d’innombrables quantités pour n’en rien faire, ne pas même les regarder, nommons :

 

Jean Harius (xvie siècle), chanoine de Gorcum, « qui, transportant ses livres à la Haye, en encombre tellement le port que la ville en est stupéfaite » et qu’il en reçoit le joli surnom de Jean des Livres. Achetée par Charles-Quint, qui la rendit publique, cette bibliothèque « formidable » fut dispersée durant les guerres civiles de la Hollande[249.1].

 

Le duc et maréchal d’Estrées (1660-1737) : « Ce qu’il amassa de livres rares et curieux, raconte Saint-Simon[249.2], d’étoffes, de porcelaine, de diamants, de bijoux, de curiosités précieuses de toutes les sortes, ne se peut nombrer, sans en avoir jamais su

[II.265.249]
  1.  F. Fertiault, les Légendes du livre, pp. 83 et 106 ; et Drames et Cancans du livre, p. 265.  ↩
  2.  Mémoires, t. II. p. 432. (Paris, Hachette, 1865.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 236-252

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 236.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 236 [252]. Source : Internet Archive.

billé sur sa chaise ou sur les papiers et brochures dont son lit était toujours couvert ; il ne sortait de son cabinet que pour se rendre à la bibliothèque, dans les moments où elle était ouverte ; et il venait aussitôt après se renfermer au milieu de ses livres[236.1]. »

Un professeur hollandais, Heyman, de passage à Florence, alla faire visite à Magliabecchi, et il nous a laissé une relation détaillée de cette entrevue, ainsi que des renseignements circonstanciés sur ce bibliographe, « un des plus passionnés, et dont l’existence fut une des plus singulières que l’on connaisse[236.2] ».

« Heyman le trouva au milieu d’un nombre prodigieux de livres ; deux ou trois salles du premier étage en étaient remplies. Non seulement il les avait placés dans des rayons, mais il en avait encore disposé par piles, au milieu de chaque pièce, de sorte qu’il était presque impossible de s’y asseoir, et encore moins de s’y promener. Il y régnait cependant un couloir fort étroit, par lequel on pouvait, en marchant de côté, passer d’une chambre à une autre. Ce n’est pas tout : le corridor du rez-de-chaussée était chargé de livres, et les murs de l’escalier en étaient

[II.252.236]
  1.  Michaud, op. cit.  ↩
  2.  Ces expressions et les citations suivantes sont de Ludovic Lalanne (Curiosités bibliographiques, pp. 52-53), qui reproduit le récit du professeur Heyman, d’après Disraeli (Curiosities of literature). Sur Magliabecchi et le professeur Heyman, voir aussi Fertiault, Drames et Cancans du livre, le Souper du savant, pp. 111-138.  ↩

Le Livre, tome II, p. 231-247

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231 [247]. Source : Internet Archive.

spécialement chargé de rédiger une notice sur sa bibliothèque, et d’en composer le catalogue, à l’adresse de la postérité, travail important, qui devra être, ajoutait-il, « rémunéré d’une manière digne du gouvernement français ».

Ces admirables livres de Motteley, qui avaient été déposés à la Bibliothèque du Louvre, furent dévorés par le feu, durant les incendies de mai 1871.

Parmi les bibliophiles et savants morts des chutes qu’ils ont faites, du haut d’un escabeau ou d’une échelle, en essayant d’atteindre quelque rayon supérieur de leur bibliothèque, — tués ainsi et aussi au champ d’honneur, — on nomme l’illustre bibliothécaire de Dresde, F. A. Ebert (1791-1834)[231.1] ; le marquis de Morante (1808-1868), bibliophile espa­gnol[231.2] ;

[II.247.231]
  1.  Graesel, Manuel de bibliothéconomie, p. 15.  ↩
  2.  Fertiault, les Légendes du livre, pp. 64 et 193.  ↩

Le Livre, tome II, p. 230-246

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 230.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 230 [246]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 231 [247]. Source : Internet Archive.

lectionneur Motteley (….-1850)[230.1]. il y a un demi-siècle, « Motteley, nous conte M. Firmin Maillard[230.2], était un amateur enragé et jaloux ; chaque porte de son appartement était garnie d’une serrure à secret, et la porte d’entrée, outre la serrure ordinaire, était encore agrémentée d’un énorme cadenas. Il recevait fort peu, n’aimant pas les visites, et se refusait obstinément de faire à sa demeure les réparations les plus urgentes, dans la crainte d’un contact imprévu, mais possible, entre des ouvriers aux mains blanches de plâtras et les superbes reliures de ses livres, lesquels furent seuls témoins de sa mort, qui arriva brusquement, au milieu de la nuit. Son cabinet valait bien cent mille francs, mais on ne découvrit chez lui qu’une somme à peine suffisante pour le faire enterrer. »

Motteley légua à l’État sa bibliothèque, riche en éditions elzéviriennes, en manuscrits à miniatures et en magnifiques reliures françaises et étrangères. Il eut soin, d’ailleurs, dans son testament[230.3], de bien spécifier que cette collection serait placée « dans une galerie ou salon portant cette inscription : Musée bibliographique formé par le bibliophile Motteley » ; et il exigea que le célèbre bibliophile Paul Lacroix[230.4] fût

[II.246.230]
  1.  Cf. Paul Dupont, op. cit., t. II, p. 175.  ↩
  2.  Op. cit., p. 139.  ↩
  3.  Cf. Paul Dupont, op. cit., t. II, p. 176.  ↩
  4.  Paul Lacroix, qui appelle Motteley « le bibliophile par excellence », a donné sur lui d’amusants détails dans la préface des Amoureux du livre de M. F. Fertiault, pp. xxiii et suiv. Voici l’une de ces anecdotes : « Le 24 février 1848, les révolutionnaires (ceux-là mêmes qui ont incendié la bibliothèque de Motteley dans le palais du Louvre, aux derniers soupirs de l’affreuse Commune de 1871) envahirent le Palais-Royal et commencèrent par jeter dans la cour du palais les livres de la Bibliothèque pour en faire un feu de joie. Motteley accourt ; ce n’est plus un bibliophile, c’est un lion, c’est un apôtre : Brûler des livres ! s’écrie-t-il. Vous n’êtes pas des hommes, vous êtes des bêtes brutes ! Vous ne savez donc pas lire ? » On s’empare de lui, on veut le coucher sur un bûcher de livres, auxquels on a mis le feu. « O Voltaire ! crie Motteley, ce ne sont plus les Parlements qui brûlent les livres ; c’est le bon peuple de Paris ! » L’invocation à Voltaire sauva Motteley et la Bibliothèque du Palais-Royal. »  ↩

Le Livre, tome II, p. 229-245

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 229.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 229 [245]. Source : Internet Archive.

collections de livres qui existât, s’éteignit de même dans sa bibliothèque. C’était quelque temps après la mort de sa femme, qu’il chérissait. Très malade, moribond, il s’était fait transporter au milieu de ses livres, avait pris entre ses mains un volume particulièrement aimé de sa défunte compagne, et il le feuilletait, le contemplait, quand la mort vint lui clore les yeux[229.1].

Jacques-Charles Brunet (1780-1867), l’auteur du Manuel du libraire, mourut pareillement, assis dans son fauteuil, au milieu de ses livres, après une longue vie, toute consacrée à l’étude et au travail. Il pouvait se dire et disait de lui-même : « … Si le caractère et l’esprit ont été souvent dominés par le tempérament ; si, par conséquent, je suis resté un homme médiocre, je ne dois pas regarder cela comme un malheur, puisque j’ai été préservé de l’ambition, qui trop souvent tourmente les esprits plus brillants et plus ardents que le mien, et que, satisfait d’une modeste fortune, fruit de travaux utiles, j’ai pu jouir d’une douce indépendance, et couler des jours paisibles, au milieu des agitations qui ont renversé, à côté de moi, tant d’existences en apparence dignes d’envie[229.2] ».

C’est dans sa bibliothèque aussi que mourut le col-

[II.245.229]
  1.  Fertiault, op. cit., p. 28 ; et Drames et Cancans du livre, p. 263.  ↩
  2.  Firmin Maillard, op. cit., pp. 137-138.  ↩

Le Livre, tome II, p. 228-244

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228 [244]. Source : Internet Archive.

Pétrarque (1304-1374) mourut en belle place, et comme devrait mourir tout bibliophile. Ses gens s’étonnaient de ne pas le voir sortir de sa bibliothèque : « Il y reste bien longtemps aujourd’hui… Peut-être est-il malade ? » Doucement on entre, on s’approche…. Il était assis près de la fenêtre, un livre entre les mains, sans bouger. « Il dort sans doute…. » Mais non :

Sur son Virgile ouvert le doux Pétrarque est mort[228.1].

Le journaliste Armand Bertin (1801-1854), directeur des Débats, qui possédait une des plus belles

[II.244.228]
  1.  Fertiault, les Légendes du livre, p. 49.  ↩

Le Livre, tome II, p. 226-242

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 226.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 226 [242]. Source : Internet Archive.

à ce même expédient, demeura inconsolable de la perte de ses bien-aimés livres : « Quand on parlait devant lui de quelque auteur qu’il avait possédé, les larmes lui venaient aux yeux. De ce moment, les lettres grecques, qui lui avaient valu sa réputation, lui devinrent tout à fait odieuses. » Il mourut peu après la dernière vente, le dernier coup[226.1].

Forcé, lui aussi, de mettre ses livres aux enchères, le prince Camerata (xixe siècle) se brûle la cervelle aussitôt après la dispersion de ses chers trésors[226.2].

Un Américain, M. Bryan, nous conte M. Jules Claretie[226.3], avait fait don, il y a quelques années, à la Bibliothèque de l’Arsenal, d’une magnifique collection de livres romantiques, parmi lesquels se trouvaient un exemplaire du célèbre Paul et Virginie, de Curmer, « sur chine, avec le chiffre de Jules Janin, J.J., couronné de roses, sur la reliure pleine, » et une Notre-Dame de Paris, sur chine également, d’une valeur de quinze mille francs. Un jour on annonça à M. de Heredia, administrateur de ladite

[II.242.226]
  1.  Michaud, op. cit.  ↩
  2.  Jules Janin, ap. Fertiault, les Légendes du livre, pp. 135 et 202. Un autre grand seigneur du même temps, le comte de Labédoyère, dont tous les bouquinistes des quais connaissaient bien « le sac et le chien mouton », s”imaginant qu’il était fatigué de ses livres, les vendit, « puis passa le reste de sa vie à courir après dans les ventes et à les racheter à tout prix, comme autant d’enfants prodigues qui auraient fui de la maison paternelle ». (Firmin Maillard, les Passionnés du livre, p. 125.)  ↩
  3.  Le Journal, numéro du 10 novembre 1903.  ↩

Le Livre, tome II, p. 224-240

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 224.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 224 [240]. Source : Internet Archive.

son, et le même messager accourut lui dire que la malade venait d’expirer. « Hélas ! j’en suis bien marri, car c’était vraiment une bonne femme ! » soupira Frédéric Morel en se replongeant dans ses livres[224.1].

L’érudit abbé Goujet (1697-1767) mourut de douleur d’avoir été contraint de vendre sa bibliothèque. On en a dit autant ou à peu près de Scaliger et de Patru[224.2].

[II.240.224]
  1.  Cf. Ambroise Firmin-Didot, op. cit., col. 807. En même temps que cette anecdote relative à Frédéric Morel, G.-A. Crapelet, dans ses Études pratiques et littéraires sur la typographie (pp. 147-148, note), nous en conte une autre, concernant son père, qui était prote et correcteur à l’imprimerie de Stoupe, une des plus importantes de Paris à la fin du xviiie siècle. Charles Crapelet « était, dans toute l’étendue du terme, esclave de ses doubles fonctions, et tellement préoccupé des intérêts des ouvriers, que, le jour même de ses noces, vers minuit, il quitta la compagnie, pour aller corriger des épreuves qu’il savait être attendues par les imprimeurs. Ma mère, — continue G.-A. Crapelet, — m’a raconté ce fait, et toute l’inquiétude que causa la disparition subite du marié. Le grave Stoupe, qui était dans la confidence de son Charles, comme il l’appelait, se divertit quelques instants de l’embarras visible de la personne la plus intéressée dans l’événement, mais il ne tarda pas à rassurer tout le monde. Vers trois heures du matin, le marié revint partager les plaisirs de la réunion. »  ↩
  2.  Fertiault, Drames et Cancans du livre, p. 264. « Amis, voulez-vous connaître un des grands malheurs de la vie ? Eh bien ! vendez vos livres. » (Joseph Scaliger, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 288.) Et Jules Janin (ap. Id., ibid.) : « Celui-là qui veut connaître en un seul bloc toutes les misères d’ici-bas, qu’il vende ses livres : Bibliothecam vendat ! »  ↩

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