Le Livre, tome II, p. 116-132

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 116.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 116 [132]. Source : Internet Archive.

nus, etc., etc., de s’exclamer, comme certain personnage des Plaideurs :

Si j’en connais pas un, je veux être étranglé !

De même encore Formey, que nous citions tout à l’heure. Il a énuméré dans son petit volume[116.1], jadis très goûté, les titres des ouvrages de tout genre qui lui paraissent le mieux convenir pour la formation d’une bibliothèque peu nombreuse mais choisie, « qui sont dans une possession déclarée des suffrages du public »[116.2], et quantité de ces ouvrages, excellents sans doute et très répandus il y a deux siècles, sont présentement tellement démodés et oubliés que la plupart n’existent plus en librairie. Où trouver, de nos jours, et quel considérable intérêt surtout y aurait-il à se procurer : l’Histoire du Danube, de Marsigli ; l’Histoire des grands chemins, de Bergier ; les Jugements sur les ouvrages des savants, de Baillet ; les Lettres de M. Cuper ; l’Histoire du ciel, de Pluche ; l’Existence de Dieu, de Nieuwentyt ; la Philosophie, de Terrasson ; les Réflexions sur la poésie française, de Du Cerceau ; les Pièces fugitives de Lainez ; le Théâtre de Mlle Bernard, de Le Grand, de Hauteroche, de Nadal, etc., etc. ! Sont-ce là des

[II.132.116]
  1.  Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse mais choisie (Berlin, Haude et Spener, 1756), particulièrement pages 103-120.  ↩
  2.  Op. cit., p. 9.  ↩

Le Livre, tome II, p. 105-121

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105 [121]. Source : Internet Archive.

d’avis « qu’un honneste homme, dans une grande ville et pleine de gens savants, comme celle-ci [Paris], ayant recours, en certaines occurrences et nécessités studieuses, aux librairies de ses amis, et beaucoup de bibliothèques dont l’entrée est toujours assez libre, peut, avec fort peu de dépense, et par l’achapt d’environ une centaine de volumes, se dresser une étude (bibliothèque) assez fournie pour faire toute sorte de lecture ».

Formey (1711-1797) croit, lui, dans ses Conseils pour former une biblio­thèque[105.1], qu’ « avec cinq à six cents volumes, on a de quoi suffire à la lecture de toute la vie ».

On voit que les opinions diffèrent, et offrent même de notables variantes.

Gabriel Peignot pense qu’ « avec trois à quatre cents volumes, on pourrait se composer la collection la plus précieuse qu’un amateur puisse posséder[105.2] ».

Sans citer de chiffres ni préciser, M. Gustave Mouravit fait ce sage aveu que « le premier et diffi-

[II.121.105]
  1.  Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse mais choisie, pp. ix et 7. (Berlin, Haude et Spener, 1756.)  ↩
  2.  Manuel du bibliophile, t. I, p. 11.  ↩

Le Livre, tome I, p. 113-137

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 113.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 113 [137]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 114.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 114 [138]. Source : Internet Archive.

goûts, toutes mes pensées, tous mes soins n’ont eu d’autre but que de me procurer des livres pour en former une bibliothèque assortie. Aussi, dès mon jeune âge, non seulement j’en copiais beaucoup, mais toutes les petites épargnes que je pouvais mettre de côté par une grande économie, je les employais sur-le-champ à acheter des livres ; et, en effet, je croyais ne pouvoir acquérir ni d’ameublement plus beau, plus digne de moi, ni de trésor plus utile et plus précieux. Ces livres, dépositaires des langues, pleins des modèles de l’antiquité, consacrés aux mœurs, aux lois, à la religion, sont toujours avec nous, nous entretiennent et nous parlent ; ils nous instruisent, nous forment, nous consolent ; ils nous rappellent les choses les plus éloignées de notre mémoire, nous les rendent présentes, les mettent sous nos yeux. En un mot, telle est leur puissance, telle est leur dignité, leur majesté, leur influence, que, s’il n’y avait pas de livres, nous serions tous ignorants et grossiers ; nous n’aurions ni la moindre trace des choses passées, ni aucun exemple, ni la moindre notion des choses divines et humaines. Le même tombeau qui couvre les corps aurait englouti les noms célèbres[113.1].

[I.137.113]
  1.  Formey, dans ses Conseils pour former une bibliothèque…, p. 101 (Berlin, Haude et Spener, 1756), compare avec raison cette éloquente apothéose des livres à la célèbre apologie des Lettres, placée par Cicéron dans son plaidoyer pour Archias : « Hæc studia adolescentiam alunt, senectutem oblectant…. ». Cf. supra, p. 13. note 1.  ↩