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Le Livre, tome II, p. 201-217

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 201.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 201 [217]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 202.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 202 [218]. Source : Internet Archive.

après avoir prédit qu’ « on tuera la presse comme on tue un peuple, en lui donnant la liberté, » il conclut : « Si la presse n’existait pas, il faudrait ne pas l’inventer[201.1] ».

Mais elle existe, et plus vivace et plus forte que jamais, de plus en plus puissante[201.2]. Pour quantité de gens, pour la grande majorité des lecteurs, il n’y a pas d’autre lecture que celle des journaux, — c’est-à-dire, en somme et d’ordinaire, la lecture de faits accidentels et fugitifs, de futiles contingences. « Lorsque, pendant quelques mois, observe Gœthe[201.3], on n’a pas lu les journaux, et qu’on les lit tous de suite en une fois, on voit alors combien on perd de temps avec ces papiers[201.4]. »

[II.201.217]
  1.  Monographie de la presse parisienne. (Balzac, Œuvres complètes, t. XXI, pp. 366, 434, et passim ; Paris, Lévy, 1870 ; in-8.)  ↩
  2.  Sur la puissance de la presse. L’omnipotence du journalisme, voir la lettre du 12 avril 1839 des Lettres parisiennes de Mme Émile de Girardin (1804-1855 : Le vicomte de Launay, t. I, pp. 324-325 ; Paris, Librairie nouvelle, 1856) : « … Ils (les flatteurs) ont porté leur hommage au dieu du jour, à celui qui donne la renommée, à celui qui consacre la vertu, à celui qui improvise le génie, à celui qui paye l’apostasie, à celui qui vend la popularité, au journalisme ! Et les journalistes ont pour flatteurs tout le monde : tous ceux qui écrivent, tous ceux qui parlent, tous ceux qui chantent, tous ceux qui dansent, tous ceux qui pleurent, tous ceux qui aiment, tous ceux qui haïssent, tous ceux qui vivent enfin ! Le journalisme ! Voilà votre roi, messieurs, et vous êtes tous ses courtisans. » Etc.  ↩
  3.  Conversations recueillies par Eckermann, trad. Délerot, t. II, p. 181.  ↩
  4.  « A l’instar de la presse américaine, on a commencé de donner, dans le journal, aux faits les plus insignifiants l’importance la plus démesurée. Des faits dont aucun journal n’aurait cru utile de parler, il y a dix ans, à cause de leur extrême banalité, occupent aujourd’hui, dans les colonnes de certains de nos quotidiens, une place première, considérable. Tel accident de voiture, qu’autrefois on n’aurait même pas mentionné ou qu’on eût raconté en trois lignes, fournit aujourd’hui un article tout entier. Remarquez quelle importance démesurée prend le moindre fait. Des centaines de journaux publient à la fois cet article ; ils le commentent, l’amplifient. Et, pendant une semaine souvent, il n’est pas question d’autre chose : ce sont, chaque matin, de nouveaux détails : les colonnes s’emplissent, chaque feuille tâche de pousser au tirage, s’évertuant à satisfaire davantage la curiosité de ses lecteurs. Le procédé que l’on emploie d’habitude pour grossir l’importance d’une nouvelle se réduit à des artifices typographiques, et il suffit de multiplier titres, sous-titres, alinéas et passages en gros caractères pour que quelques infiltrations d’eau, venues de la rivière voisine, à travers les murs lézardés d’une cave, prennent les proportions d’une inondation, et qu’une brouette renversée devienne une catastrophe comparable à un déraillement de chemin de fer. Une armée de reporters se tient en faction dans les gares, s’embusque jusque dans les corridors d’hôtel, ou se faufile dans les clubs à la mode, et, à défaut de personnages célèbres, interroge à outrance, avec rage, de malheureux excursionnistes à peine connus de l’agence Cook. Le même système de grossissement est appliqué aux dépêches, et de partout arrivent des télégrammes qui transforment le plus vulgaire fait divers en un drame tout hérissé d’émouvantes péripéties. Quel est le fauteur de ces niaiseries ainsi produites et qui sont si nuisibles à l’ordre et à la marche du journal ? Est-ce le journal ? Est-ce le public qui le lui demande ? Ils s’enfièvrent mutuellement, voilà ce qui reste de plus clair. » (Baron Tanneguy de Wogan, Manuel des gens de lettres, pp. 96-97.)  ↩