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Le Livre, tome II, p. 227-243

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 227.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 227 [243]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 228 [244]. Source : Internet Archive.

bibliothèque, un vieux monsieur à l’air fort pauvre, qui désirait lui parler. C’était M. Bryan. Il dit simplement : « Je voudrais revoir mes livres ». On le plaça devant ces belles reliures ; et, en feuilletant celle Notre-Dame de Paris et ce Paul et Virginie, il les regardait avec de tels yeux que M. de Heredia se demanda si le donateur ne rêvait pas de les reprendre. Mais non, il s’éloigna tranquillement. Deux jours plus tard, on apprenait qu’il s’était tué : avant de se donner la mort, il avait tenu à contempler une dernière fois ces livres qui avaient jadis tant réjoui ses yeux.

Une des plus singulières morts que les livres aient causées, c’est celle du marquis de Chalabre (xixe siècle), succombant au désespoir qu’il éprouvait de ne pouvoir se procurer un volume qui n’existait pas, une Bible, « qu’en un moment d’humour, avait inventée Charles Nodier[227.1] ».

[II.243.227]
  1.  Mouravit, op. cit., p. 28. Les bibliophiles ont été plus d’une fois à l’affut de livres introuvables, voire de livres imaginaires et imaginés. « L’heureux mortel qui ferait la trouvaille de l’Historique Description du solitaire et sauvage pays de Médoc, par feu M. de la Boëtie, conseiller du Roy en sa cour de Parlement, à Bordeaux, etc., etc. (Bordeaux, Millanges, 1593, in-12), deviendrait du coup presque célèbre et presque riche. Depuis plus d’un siècle et demi, on cherche cette Historique Description, dont l’existence même a été mise en doute. Le livre est pourtant mentionné, avec son titre très détaillé, dans la Bibliothèque historique. » (Revue bibliographique belge, 1902, citée par le Journal de la Jeunesse, 13 septembre 1902, Supplément.) A propos du marquis de Chalabre, je glane cette anecdote dans l’Histoire de l’imprimerie, de Paul Dupont (t. II, p. 177) : « … Le marquis de Chalabre avait légué sa bibliothèque à Mlle Mars. Cette bibliothèque était réellement du plus grand prix, mais Mlle Mars lisait peu ou plutôt ne lisait pas du tout. Elle chargea Merlin, son ami, de classer les livres du défunt et d’en faire la vente. Merlin s’acquitta de cette mission en toute conscience ; il feuilleta et refeuilleta si bien chaque volume, qu’un jour il entra dans la chambre de Mlle Mars, tenant trente à quarante billets de mille francs, qu’il déposa sur une table. « Qu’est-ce que cela, Merlin ? demanda Mlle Mars. — Je ne sais, Mademoiselle, dit celui-ci. — Comment, vous ne savez ? Mais ce sont des billets de banque. — Sans doute. — Où donc les avez-vous trouvés ? — Mais dans un portefeuille pratiqué sous la couverture d’une Bible très rare. Comme la Bible était à vous, les billets de banque sont aussi à vous. » Mlle Mars prit les billets de banque, qui, en effet, étaient bien à elle, et eut grand peine à faire accepter à Merlin, en cadeau, la Bible dans laquelle les billets de banque avaient été trouvés. Quant aux autres livres, auxquels il semble que cette aubaine inattendue aurait dû servir de rançon, ils n’en furent pas moins vendus aux enchères et à beaux deniers comptants, au profit de la légataire. »  ↩