Mot-clé - Magliabecchi

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Le Livre, tome II, p. 233-249

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 233.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 233 [249]. Source : Internet Archive.

aient existé fut Antoine Magliabecchi (1633-1714), de Florence, « l’un des hommes les plus extraordinaires de son siècle[233.1] ». Né « dans la dernière classe du peuple », Magliabecchi avait commencé par être au service d’un marchand de fruits et de légumes[233.2]. Quoiqu’il ne sût pas lire, une espèce d’instinct lui tenait sans cesse les yeux fixés sur les maculatures et les feuilles des vieux livres destinées à envelopper la marchandise vendue. Un libraire du voisinage, ayant remarqué cette particularité, interrogea l’enfant, qui lui avoua combien il s’ennuyait chez le marchand fruitier, et quelle serait sa joie s’il pouvait être à son service, dans une maison pleine de livres. Il obtint cette faveur, et son nouveau maître reconnut bientôt combien il avait lieu de s’applaudir de son acquisition ; car le jeune apprenti, par sa mémoire incroyable, fut, au bout de quelques jours, en état de trouver plus promptement que le libraire lui-même tous les livres qu’on lui demandait. Ce fut là qu’il apprit à lire et qu’il connut Michel Ermini, bibliothécaire du cardinal de Médicis, qui l’aida de ses conseils et de ses leçons. Sous la di-

[II.249.233]
  1.  Dit la Biographie universelle de Michaud, à qui j’emprunte la plupart des détails qui suivent.  ↩
  2.  D’autres biographes font de lui un orfèvre. « A l’âge de quarante ans, Antonio Magliabecchi était encore ce que le hasard de la naissance l’avait fait, un simple orfèvre, qui habitait une boutique bien achalandée sur le Pont-Vieux. (Dr Hœfer, Nouvelle Biographie générale.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 059-075

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 059.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 059 [075]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 060.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 060 [076]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 061.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 061 [077]. Source : Internet Archive.

ont de la peine à s’y faire. Il est vrai qu’on peut apprendre à parcourir métho­diquement[059.1] ».

Pour tous ceux qui vivent dans les livres, dans les imprimés et les manuscrits, et y opèrent de fréquentes recherches, « l’art de parcourir » est indispensable.

Le savant bibliothécaire florentin Magliabecchi (1633-1714) « avait une manière particulière de lire ou plutôt de dévorer les livres ; quand un ouvrage nouveau lui tombait sous la main, il examinait le titre, puis la dernière page, parcourait les préfaces, dédicaces, tables[059.2], jetait un coup d’œil sur chacune

[II.075.059]
  1.  Doudan, loc. cit., t. III, p. 345. Cf. supra, t. I, p. 193.  ↩
  2.  A propos des préfaces et des tables des matières, et de leur importance au point de vue de la connaissance du contenu des livres, voici quelques considérations, où la fantaisie et le badinage s’entremêlent au sérieux et à la vérité, empruntées à Théophile Gautier (les Jeunes-France, préface, pp. i et suiv. ; Paris, Charpentier, 1880) : — « Je ne sais si vous avez la fatuité de ne pas lire les préfaces, mais j’aime à supposer le contraire, pour l’honneur de votre esprit et de votre jugement… Moi, pour mon compte, et je prétends vous convertir à mon système, je ne lis que les préfaces et les tables, les dictionnaires et les catalogues. C’est une précieuse économie de temps et de fatigue : tout est là, les mots et les idées. La préface, c’est le germe ; la table, c’est le fruit : je saute, comme inutiles, tous les feuillets intermédiaires. Qu’y verrais-je ? des phrases et des formes ; que m’importe !… Il en est des livres comme des femmes : les uns ont des préfaces, les autres n’en ont pas ; les unes se rendent tout de suite, les autres font une longue résistance ; mais tout finit toujours de même… par la fin. Cela est triste et banal ; cependant que diriez-vous d’une femme qui irait se jeter tout d’abord à votre tête ?… La préface, c’est la pudeur du livre, c’est sa rougeur, ce sont les demi-aveux, les soupirs étouffés, les coquettes agaceries, c’est tout le charme…. O lecteurs du siècle ! ardélions inoccupés qui vivez en courant et prenez à peine le temps de mourir, plaignez-vous donc des préfaces qui contiennent un volume en quelques pages, et qui vous épargnent la peine de parcourir une longue enfilade de chapitres pour arriver à l’idée de l’auteur. La préface de l’auteur, c’est le post-scriptum d’une lettre de femme, sa pensée la plus chère : vous pouvez ne pas lire le reste…. Je vous le proteste ici, afin que vous le sachiez, je hais de tout mon cœur ce qui ressemble, de près ou de loin, à un livre : je ne conçois pas à quoi cela sert. Les gros Plutarque in-folio, témoin celui de Chrysale, ont une utilité évidente : ils servent à mettre en presse, à défaut de rabats, puisqu’on n’en porte plus, les gravures chiffonnées et qui ont pris un mauvais pli ; on peut encore les employer à exhausser les petits enfants qui ne sont pas de taille à manger à table. Quant à nos in-octavo, je veux que le diable m’emporte si l’on peut en tirer parti et si je conçois pourquoi on les fait. Il a pourtant été un temps où je ne pensais pas ainsi. Je vénérais le livre comme un dieu ; je croyais implicitement à tout ce qui était imprimé ; je croyais à tout, aux épitaphes des cimetières, aux éloges des gazettes, à la vertu des femmes. O temps d’innocence et de candeur ! Je m’amusais comme une portière à lire les Mystères d’Udolphe, le Château des Pyrénées, ou tout autre roman d’Anne Radcliffe ; j’avais du plaisir à avoir peur, et je pensais, avec Gray, que le paradis, c’était un roman devant un bon feu*…. Le seul plaisir qu’un livre me procure encore, c’est le frisson du couteau d’ivoire dans ses pages non coupées ; c’est une virginité comme une autre, et cela est toujours agréable à prendre. Le bruit des feuilles tombant l’une sur l’autre invite immanquablement au sommeil, et le sommeil est, après la mort, la meilleure chose de la vie. »
    •  * Théophile Gautier pousse ici la fantaisie jusqu’à dénaturer le mot de Gray (et son nom aussi : il écrit Grey), qui estimait que « rester nonchalamment étendu sur un sofa et lire des romans nouveaux donnait une assez bonne idée des joies du paradis ». (Walter Scott, Notice sur Le Sage, ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, tome dernier (sans numéro), Table, p. 28.) Cf. infra, chap. ix, les Romans, p. 192.  ↩