Mot-clé - Michelet (Jules)

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Le Livre, tome II, p. 036-052

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 036.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 036 [052]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 037.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 037 [053]. Source : Internet Archive.

que ma mère avait fait la même découverte que moi ; je reconnus dans ses mains un volume qui avait passé dans les miennes ; alors je ne me gênai plus, et, sans mentir, mais sans parler du passé, j’eus l’air d’avoir suivi sa trace. Le jeune homme qu’on appelait Coursou, auquel il joignit le de par la suite en se fourrant à Versailles instituteur des pages, ne ressemblait point à ses camarades ; il avait de la politesse, un tact décent, et cherchait de l’instruction. Il n’avait jamais rien dit non plus de la disparition momentanée de quelques volumes ; il semblait qu’il y eût entre nous trois une convention tacite.

« Je lus ainsi beaucoup de voyages que j’aimais passionnément, entre autres ceux de Renard, qui furent les premiers ; quelques théâtres des auteurs du second ordre, et le Plutarque de Dacier. Je goûtai ce dernier ouvrage plus qu’aucune chose que j’eusse encore vue, même d’histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup, comme celle des époux malheureux de La Bédoyère, que j’ai présente, quoique je ne l’aie pas relue depuis cet âge. Mais Plutarque semblait être la véritable pâture qui me convînt. Je n’oublierai jamais le carême de 1763 (j’avais alors neuf ans), où je l’emportais à l’église en guise de Semaine sainte. C’est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendaient républicaine, sans que je songeasse à le devenir[036.1].

[II.052.036]
  1.  Nous avons vu, dans notre tome I, l’affection particulière et l’enthousiasme témoignés en faveur de Plutarque par Henri IV, par Montaigne, Vauvenargues, Alfieri, etc. Donnons encore ici quelques topiques appréciations du grand historien et moraliste de l’antiquité. « Plutarque, c’est vraiment l’Encyclopédie des anciens. » (Grimm, ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VII, p. 314.) « Plutarque est le Walter Scott de l’antiquité. » (Michelet, Bible de l’Humanité, p. 186.) « Plutarque est le plus curieux des répertoires. C’est une de ces ruches de réserve où presque tout le miel de l’antiquité a été déposé. Ce qui a paru de plus grand dans l’esprit humain s’y montre à nos yeux, et ce que les hommes ont fait de meilleur nous y sert d’exemple. La sagesse antique est là tout entière. Plutarque a été le bréviaire de toutes les grandes âmes du xvie siècle, le siècle qui en a le plus compté. » (Bardoux, le Magasin pittoresque, février 1887, p. 42.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 209-233

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 209.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 209 [233]. Source : Internet Archive.

Dans les souvenirs de jeunesse du grand historien Michelet (1798-1874) se trouve une page très délicate et très touchante relative aux livres : « … Jai pourtant dû aller contrôler l’estimation qu’on a faite des livres de mon pauvre ami (Poinsot). Je les ai trouvés épars dans un grenier. Rien de plus triste que de voir partir ainsi notre âme, nos livres, ces amis qui nous ont formés ou soutenus, encouragés, préservés, grandis !… Quand je regarde les trois ou quatre planches de bois blanc qui composent toute ma bibliothèque, je souffre de n’avoir pas encore les moyens de m’acheter une belle armoire vitrée, où j’enfermerais cette centaine de volumes avec le soin jaloux de l’avare qui met sous clef son trésor[209.1]. »

Édouard Laboulaye (1811-1883) a maintes fois parlé, et en excellents termes, des secours que nous offrent les livres et la lecture :

« La lecture n’est pas la science universelle, ce n’est pas non plus la sagesse universelle ; mais un homme qui a pris l’habitude de lire peut toujours consulter, sur chaque question donnée, une expérience plus grande que la sienne, et une expérience désintéressée…. Le livre est donc l’expérience du passé. C’est mieux encore : un livre est quelque chose de vivant, c’est une âme qui revit en quelque sorte, et qui nous répond chaque fois que nous vou-

[I.233.209]
  1.  Michelet, Mon Journal, 1820-1823, pp. 182-183.  ↩