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Le Livre, tome I, p. 122-146

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 122.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 122 [146]. Source : Internet Archive.

les félicités humaines, il y mettait ces deux mots : focus perennis. Ainsi me dorlotant de corps et d’esprit, je fais de mon étude une étuve, et de mon étuve une étude ; et, en l’un et l’autre sujet, je donne ordre qu’il n’y ait aucune fumée : au demeurant, étude de telle façon composée, que je ne m’asservis aux livres, ains les livres à moi. Non que je les lise de propos délibéré pour les contredire ; mais tout ainsi que l’abeille sautelle d’une fleur à autre, pour prendre sa petite pâture dont elle forme son miel, aussi lis-je ores l’un, ores un autre auteur, comme l’envie m’en prend, sans me lasser, ou opiniâtrement harasser en la lecture d’un seul : car autrement, ce ne serait plus étude, ains servitude pénible. Ainsi mûrissant par eux mes conceptions, tantôt assis, tantôt debout, ou me promenant, leurs auteurs me donnent souvent des avis, auxquels jamais ils ne pensèrent, dont j’enrichis mes papiers[122.1]… ».

Montaigne (1533-1592) vivait de même dans sa « librairie », au troisième étage de sa tour, butinant çà et là, sans contrainte et selon sa fantaisie : « Là, je feuillette à cette heure un livre, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues. Tantôt je resve, tantôt j’enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voicy…. Je passe là et la plus part des jours de ma vie, et la plus part des

[I.146.122]
  1.  Étienne Pasquier, Œuvres choisies, t. II, p. 419. (Paris, Didot, 1849.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 021-045

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 21.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 21 [045]. Source : Internet Archive.

peu s’en faut, d’aimer les belles-lettres et d’aimer Pline[021.1] » ; et il nous a laissé, dans ses exquises lettres, particulièrement dans celle qu’il consacre aux écrits de son oncle le Naturaliste[021.2], de sages préceptes sur la façon de lire et de profiter de ses lectures.

Plutarque (50-139 ap. J.-C.), ce « si parfait et excellent juge des actions humaines[021.3] », nous avertit que « le plus grand fruit que les hommes apportent (tirent) de la douceur et bénignité des Muses, c’est-à-dire de la connaissance des bonnes lettres, c’est qu’ils en domptent et adoucissent leur nature, qui estoit auparavant sauvage et farouche, trouvant, avec le compas de la raison, le moyen, et rejetant le trop[021.4], » comprenant, en d’autres termes, qu’il faut aimer la modération et bannir de nous tout excès, Plutarque nous conte encore, entre autres « dicts

[I.045.021]
  1.  « Neque enim est fere quisquam qui studia, ut non simul et nos amet. » (Lettres, I, 13 ; t. I, pp. 48-49.) Ainsi que Cicéron, Pline le Jeune, malgré ses défauts, son manque de naturel et de souplesse notamment, a toujours été, de la part des amis des Lettres, l’objet d’une intime affection : « Jamais le sentiment littéraire proprement dit, la passion des belles études et de l’honneur qu’elles procurent… n’a été poussé plus loin et plus heureusement cultivé que chez Pline le Jeune. » Etc. (Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. II, p. 60.)  ↩
  2.  Ibid., III, 5 ; t. I, pp. 188-195.  ↩
  3.  Montaigne, Essais, II, ii ; t. II, p. 109. (Paris, Charpentier, 1862.)  ↩
  4.  Vie de Coriolan, trad. Amyot, t. II, p. 226. (Paris, Bastien, 1784.)  ↩

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