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Le Livre, tome II, p. 105-121

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105 [121]. Source : Internet Archive.

d’avis « qu’un honneste homme, dans une grande ville et pleine de gens savants, comme celle-ci [Paris], ayant recours, en certaines occurrences et nécessités studieuses, aux librairies de ses amis, et beaucoup de bibliothèques dont l’entrée est toujours assez libre, peut, avec fort peu de dépense, et par l’achapt d’environ une centaine de volumes, se dresser une étude (bibliothèque) assez fournie pour faire toute sorte de lecture ».

Formey (1711-1797) croit, lui, dans ses Conseils pour former une biblio­thèque[105.1], qu’ « avec cinq à six cents volumes, on a de quoi suffire à la lecture de toute la vie ».

On voit que les opinions diffèrent, et offrent même de notables variantes.

Gabriel Peignot pense qu’ « avec trois à quatre cents volumes, on pourrait se composer la collection la plus précieuse qu’un amateur puisse posséder[105.2] ».

Sans citer de chiffres ni préciser, M. Gustave Mouravit fait ce sage aveu que « le premier et diffi-

[II.121.105]
  1.  Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse mais choisie, pp. ix et 7. (Berlin, Haude et Spener, 1756.)  ↩
  2.  Manuel du bibliophile, t. I, p. 11.  ↩

Le Livre, tome II, p. 104-120

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 104.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 104 [120]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 105 [121]. Source : Internet Archive.

« Il faut, dit le vicomte de Bonald (1754-1840)[104.1], parcourir beaucoup de livres pour meubler sa mémoire ; mais, quand on veut se former un goût sûr et un bon style, il faut en lire peu, et tous dans le genre de son talent. L’immense quantité de livres fait qu’on ne lit plus ; et, dans la société des morts comme dans celle des vivants, les liaisons trop étendues ne laissent plus aux amitiés le temps de se former. »

Jérôme Cardan (1501-1576) estimait que toute bibliothèque devrait tenir en trois volumes : l’un traitant de la vie des saints, l’autre contenant de gracieux vers propres à récréer l’esprit, et le troisième enseignant « la vie civile », c’est-à-dire les droits et devoirs du citoyen[104.2]. Mais, déjà de son vivant ou peu après, Joseph Scaliger (1540-1609) déclarait que, « pour une parfaite bibliothèque, il faudrait avoir six grandes chambres[104.3] ».

La Mothe-Le Vayer (1588-1672), dans sa lettre à un « Révérend Père », Du moyen de dresser une bibliothèque d’une centaine de livres seulement[104.4], est

[II.120.104]
  1.  Pensées sur divers sujets, p. 343. (Paris, Adrien Le Cière, 1817.)  ↩
  2.  Ap. Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 137.  ↩
  3.  Ap. Fertiault, les Légendes du livre, p. 20.  ↩
  4.  La Mothe-Le Vayer, Œuvres, t. X, Petits traités en forme de lettres, écrites à diverses personnes studieuses, pp. 106-117 (Paris, Guignard, 1684). C’est de La Mothe-Le Vayer que Bayle a dit (Dictionnaire, t. X, p. 303 ; Paris, Desoer, 1820) : « Nous n’avons point d’auteur français qui approche plus de Plutarque que celui-ci ».  ↩

Le Livre, tome II, p. 084-100

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 084 [100]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 085 [101]. Source : Internet Archive.

est d’écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d’eux[084.1] » : et Napoléon[084.2], et le poète Lebrun-Pindare, et Mirabeau, Morellet, Naigeon, Alfieri, Dulaure, Letronne, l’astronome Lalande, l’abbé Mercier de Saint-Léger, l’abbé Rive, le moraliste Joubert[084.3], Paul-Louis Courier, les érudits Boissonade et Éloi Johanneau, le bibliophile belge Van Hulthem[084.4], Charles Nodier[084.5], Jacques-Charles Bru-

[II.100.084]
  1.  Voltaire, lettre à Mme de Saint-Julien, 15 décembre I766 : Œuvres complètes, t. VIII, p. 535.  ↩
  2.  A Sainte-Hélène, Napoléon lut en un an soixante-douze volumes. Non seulement il dictait des notes, mais surtout il écrivait abondamment sur les marges. « Ce goût, ce besoin peut-être, de l’annotation, remontait loin dans les habitudes de l’empereur : sa correspondance, durant son séjour à Auxonne, de juin 1790 à avril 1791, nous permet de le surprendre annotant tous les livres, dès lors fort nombreux, qu’il parvenait à se procurer. » (Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, mars 1904, p. 117.)  ↩
  3.  Cf. supra, t. I, pp. 182-183. « Il (Joubert) lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j’ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. » (Paul de Raynal, la Vie et les Travaux de M. J. Joubert, en tête des Pensées de Joubert, t. I, p. xlv ; Paris, Didier, 1862.)  ↩
  4.  Cf. Larousse, Grand Dictionnaire, art. Hulthem (Van).  ↩
  5.  Nodier avait, paraît-il, une arrière-pensée en annotant ses livres, celle d’en trafiquer et de leur donner une plus-value : « Nodier trouva fort bon de faire, pour son propre compte, une petite spéculation sur les livres annotés par lui. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 156, n.) Lamennais se contentait d’apposer sa signature sur ses livres pour en augmenter le prix : « M. de Lamennais… a trouvé moyen, dans une occasion, de se moquer un peu de l’innocente fantaisie de ceux qui, comme moi, mettent du prix même à la simple signature d’un homme célèbre. Ayant eu connaissance, lors de la première vente de sa bibliothèque, en 1836, de cette petite manie des amateurs, il écrivit, d’une écriture bien évidemment récente, bien flamboyante, sur tous ses livres : F. de Lamennais, afin qu’ils se vendissent un peu mieux et un peu plus cher. » Tenant de Latour, Mémoires d’un bibliophile, p. 185.)  ↩

Le Livre, tome II, p. 054-070

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 054.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 054 [070]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 055.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 055 [071]. Source : Internet Archive.

rité. Ceux qui font un travail pénible, les bûcherons et les boulangers, s’excitent eux-mêmes par la voix[054.1]. »

Quant à « se faire lire », le même maître ès livres et ès lettres ne recommande pas ce mode de lecture, qu’il préfère laisser aux malades et aux aveugles :

« Rien, observe-t-il[054.2], ne ressemble moins à lire que se faire lire ; on dirait un air dont l’accompagnement ne va pas ; chacun a sa manière d’accompagner intérieurement ce qu’il lit. »

Atteint de maux d’yeux, et se trouvant dans la nécessité de recourir à des lecteurs, alors qu’il était en garnison à Reims, en 1739, Vauvenargues (1715-1747) écrit[054.3] : « J’ai pris deux hommes pour me faire la lecture, un le matin, et un autre le soir. Ils défigurent ce qu’ils lisent ; je leur donnai, l’autre jour, les Oraisons funèbres de Bossuet, dont l’éloquence est divine, et ils coupaient, par le milieu, les plus belles périodes ; je faisais du mauvais sang (sic), mais il me fallait prendre patience ; cela vaut encore mieux que rien[054.4]. »

[II.070.054]
  1.  Doudan, ap. Albert Collignon, Notes et réflexions d’un lecteur, p. 16.  ↩
  2.  Doudan, Lettres, t. IV, p. 204.  ↩
  3.  Lettre au marquis de Mirabeau, 29 août 1739 : Vauvenargues, Œuvres posthumes et œuvres inédites, Correspondance, p. 148. (Paris, Furne, 1857.)  ↩
  4.  Cf. une citation, que nous donnons plus loin (p. 147), empruntée à M. Gustave Mouravit (le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 162), et dont le début concerne le point en question ici, la lecture à haute voix : « Qu’un lecteur malhabile entreprenne de vous lire une belle œuvre : si ses hésitations, ses intonations fausses, la rudesse de son organe, la gaucherie de son interprétation, brisent constamment vos efforts pour être attentif, et émoussent en vous, si l’on peut dire, le sentiment de la lecture, le plaisir que vous vous étiez promis ne deviendra-t-il pas un supplice ? et quel profit rapporterez-vous de ce labeur ? »  ↩

Le Livre, tome II, p. 053-069

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 053.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 053 [069]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 054.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 054 [070]. Source : Internet Archive.

ragement[053.1] », et que, selon la remarque de Doudan, « elle donne aux pensées, outre la précision, l’auto-

[II.069.053]
  1.  Comme preuve de « l’encouragement » donné par la parole, citons l’exemple du poète et philosophe anglais Pope (1688-1744), qui « ne composait jamais rien d’intéressant sans être obligé de déclamer longtemps à haute voix, et de s’agiter en tous sens pour exciter sa verve ». (Xavier de Maistre, Expédition nocturne autour de ma chambre, chap. vii, p. 118 ; Paris, Bernardin Béchet, 1864.) Et Xavier de Maistre ajoute : « J’essayai à l’instant de l’imiter (Pope). Je pris les poésies d’Ossian et je les récitai tout haut, en me promenant à grands pas pour me monter à l’enthousiasme. Je vis, en effet, que cette méthode exaltait insensiblement mon imagination, et me donnait un sentiment secret de capacité poétique, dont j’aurais certainement profité pour composer… », etc. « Relire, chaque matin, même au besoin se réciter à haute voix certaines pages favorites d’auteurs classiques…. Chaque matin, pendant une ou deux demi-heures, il faut commercer avec les modèles, afin de se tenir l’oreille et la main constamment habituées au son pur et au pur tour de la langue française » : tel est le conseil donné « à un journaliste » par J.-J. Weiss (l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 30 septembre 1897, col. 422 et 423). Comme exemple de « mise en train » de certains écrivains, citons encore : le poète du Bartas (1544-1590), qui, « pour faire sa fameuse description du cheval, galopait et gambadait des heures entières dans sa chambre, contrefaisant ainsi son objet » (Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. II. p. 494) ; l’ornithologiste Guéneau de Montbéliard (1720-1785), qui avait « l’habitude singulière de commencer presque toutes ses journées par un madrigal ou par une chanson », habitude qu’il conserva jusqu’à ses derniers instants (Notice sur Guéneau de Montbéliard, Morceaux choisis de Buffonet de Guéneau de Montbéliard, p. 304 ; Paris, Dezobry, 1848). Et n’est-ce pas ce pince-sans-rire de Stendhal (1783-1842) qui recommandait d’avoir soin, chaque matin, avant de prendre la plume et pour se mettre en goût de bon style, de lire quelques articles du Code ? — M. Gustave Mouravit (Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, février 1904, p. 69) nous apprend que Napoléon « aimait à lire à haute voix », surtout des tragédies, celles notamment dont il savait de grandes tirades par cœur, Cinna, le Cid, la Mort de César ↩

Le Livre, tome I, p. 275-299

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 275.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 275 [299]. Source : Internet Archive.

il le relisait continuellement, et portait toujours sur lui un petit exemplaire des Caractères : il a d’ailleurs composé une « ex­quise[275.1] » Notice sur la personne et les écrits de La Bruyère, qui figure en tête de plusieurs éditions des œuvres du célèbre moraliste.

Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818), avait une affection particulière pour Corneille et pour Bossuet. Un jour, il dit au précepteur du duc d’Enghien : « Mon cher abbé, j’ai surpris mon petit-fils lisant ce volume de Chaulieu ; faites-lui sentir que cette lecture ne lui convient point…. Qu’il lise Corneille : c’est le bréviaire des princes. »

On sait que Louis XVIII (1755-1824) se plaisait à citer Horace, son auteur de pré­dilection[275.2].

Dès sa prime jeunesse, Napoléon Ier (1769-1821) manifesta « une insatiable passion pour la lecture » : Plutarque, Corneille, Montesquieu, Ossian, étaient ses favoris[275.3]. Plutarque et Ossian ont été tous les deux surtout « ses véritables livres de

[I.299.275]
  1.  L’épithète est de Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, p. 405 : « On doit lire sur La Bruyère trois morceaux essentiels…. Le premier morceau en date est celui de l’abbé d’Olivet dans son Histoire de l’Académie…. Les deux autres… sont une notice exquise de Suard, écrite en 1782, et un Éloge approfondi par Victorin Fabre (1810). »  ↩
  2.  Larousse, Grand Dictionnaire, art. Louis XVIII.  ↩
  3.  Mouravit, Napoléon bibliophile, Revue biblio-iconographique, novembre 1903, pp. 383 et s. Cette étude, qui remplit de nombreux numéros de la Revue biblio-iconographique, a été très soigneusement faite par M. Mouravit, et peut être considérée comme définitive.  ↩

Le Livre, tome I, p. 215-239

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 215.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 215 [239]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 216.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 216 [240]. Source : Internet Archive.

Colli­gnon[215.1], les grandes bibliothèques à des nécropoles. Que de vivants sont moins vivants que ces prétendus morts ! Ils parlent, on les écoute à travers les siècles écoulés ; ils agissent sur nous bien autrement, avec plus de force, avec plus d’intime persuasion que ceux-là mêmes dont nous sommes entourés ; nous les connaissons mieux, ce sont de plus grands hommes et de meilleurs amis ; discrets, sûrs, jamais importuns. Ils font partie de nous-même. Amis des jours heureux, consolateurs des heures tristes, nous les retrouvons toujours prêts à nous accueillir. Ce que ces grands hommes ont senti, souffert, aimé, pensé, rêvé, ils nous le disent. Que de bonnes heures ainsi passées autour de sa bibliothèque, allant çà et là, suivant sa fantaisie ou la secrète logique des idées, d’Aristote à Descartes, de Tacite à Michelet, d’Horace à Montaigne, Béranger ou Musset, évoquant les souvenirs de tous les âges, éveillant les rapports et les comparaisons fécondes, sentant s’ouvrir en soi un monde de pensées nouvelles et de sensations imprévues ! »

« Malheur à qui n’aime pas à lire ! s’écrie M. Gustave Mouravit (1840-….), l’auteur d’un excellent ouvrage sur le Livre[215.2]. Malheur à qui n’aime pas à

[I.239.215]
  1.  Op. cit., p. 301.  ↩
  2.  Le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, Essai de critique, d’histoire et de philosophie morale sur l’amour des livres (Paris, Aug. Aubry, s. d.). Lorenz (Catalogue général, t. VI, p. 309) donne 1870 comme date de publication, et ajoute que ce livre n’a été tiré qu’à 200 exemplaires : c’est ce qui en explique le peu de diffusion et la rareté. J’ai déjà eu et j’aurai encore fréquemment recours au livre de M. Mouravit, où abondent les précieux conseils, les lumineuses réflexions et les plus sages maximes.  ↩

Le Livre, tome I, p. 196-220

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 196.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 196 [220]. Source : Internet Archive.

ouvrages rangés clans les armoires de ce personnage que l’on ne connaît point et qui vous fait attendre dans son cabinet, on n’a qu’à jeter un coup d’œil sur ses reliures pour savoir s’il a le sentiment de l’ordre, s’il a du tact, s’il a du goût, s’il est vraiment possédé de l’amour des livres ou s’il n’en a que l’ostentation, s’il est enfin de ceux qui ont une bibliothèque seulement pour la montre, de ceux à qui M. de Paulmy[196.1] proposait cette inscription à mettre sur leurs livres : Multi vocati, pauci lecti, beaucoup d’appelés, peu de lus ».

« Si le style est l’homme, les livres sont l’homme aussi, » affirme, de son côté, le philosophe et historien Matter (1791-1864)[196.2].

[I.220.196]
  1.  M. de Paulmy, — ou son père, le marquis René-Louis d’Argenson ? (Cf. supra, pp. 161-162). Dans ses Mémoires (t. V, p. 255 ; Paris, P. Jannet, 1857-1858), le marquis d’Argenson s’attribue la même proposition de la même plaisante devise : Multi vocati, pauci lecti ↩
  2.  Ap. Mouravit, op. cit., p. 430.  ↩

Le Livre, tome I, p. 176-200

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 176.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 176 [200]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 177.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 177 [201]. Source : Internet Archive.

V. Époque contemporaine

Un des hommes de notre temps qui ont le mieux connu les livres, qui en ont le mieux parlé, et ont le plus fait pour en répandre la connaissance et l’amour, c’est Gabriel Peignot (1767-1849) : son érudition, son jugement, son goût, sa méthode et sa puissance de travail, son ordre, sa clarté, toutes ses excellentes qualités sont aujourd’hui unanimement consta­tées[176.1].

[I.200.176]
  1.  Il n’en a pas toujours été ainsi. Voir, dans le Manuel du libraire de J.-C. Brunet, l’article Peignot : « Les productions bibliographiques de Peignot, quoiqu’elles soient un peu trop superficielles…. Au reste, toujours modeste dans ses écrits (conclut néanmoins Brunet), toujours rempli d’indulgence pour ceux des autres, cet estimable homme de lettres a dû rencontrer plus d’amis que de censeurs ; et d’ailleurs, il est juste de le reconnaître, ses ouvrages ont beaucoup servi à populariser la bibliographie. » Voir aussi l’article Peignot dans la Biographie universelle de Michaud : « On pourrait désirer aussi que Peignot eût souvent été plus sévère dans le choix de ses matériaux…. Du reste, la bonne foi et l’absence de prétention sont chez lui des qualités incontestables et précieuses. » « M. Peignot, l’un des plus savants et laborieux bibliographes de ce siècle. » (Quérard, la France littéraire, t. VII, p. 10.) « M. Peignot est un des savants qui ont le mieux mérité de la science bibliographique. » (Renouard, Catalogue d’un amateur, t. IV, p. 214.) « Ce judicieux Traité du choix des livres, de Peignot… ouvrage qui devrait être connu de tous ceux qui se vouent à la culture intellectuelle…. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 109.) « Peignot a été le bibliographe le plus savant de ce siècle. Son érudition était immense. (Larousse, Grand Dictionnaire.) Etc. — On trouve dans les Curiosités de l’histoire des arts de P. L. Jacob, Notice sur le parchemin et le papier, p. 1 (Paris, Delahays, 1858), une note singulière, et que je signale ici, en raison même de cette étrangeté : « Nous n’hésitons pas, dit le bibliophile Jacob, à réimprimer sous notre nom quelques pages que nous avons publiées dans un grand ouvrage collectif [les Beautés du moyen âge et de la Renaissance (mœurs et arts), par MM. Émile Bégin, Champollion-Figeac, Depping, etc. (Parchemin, Papier), sans pagination ; Paris, à l’Administration du moyen âge et de la Renaissance, 5, rue du Pont-de-Lodi, s. d.] sous le nom du savant Gabriel Peignot, avec son autorisation formelle, en nous aidant de ses ouvrages, il est vrai, et en leur empruntant des passages textuels. Ç’a été de la part de l’illustre bibliographe une marque d’estime et de confiance que de nous permettre de lui attribuer un travail qu’il n’avait pas même revu ; nous ne croyons pas devoir plus longtemps lui laisser, après sa mort, la responsabilité de notre œuvre. » Tout ce que l’on peut dire, en réponse à cette réclamation en reprise de possession, c’est : 1º qu’il est regrettable qu’elle ne se soit pas formulée du vivant de « l’illustre bibliographe » co-intéressé ; 2º que de telles substitutions, fraudes et manigances n’étaient nullement dans les habitudes de l’honnête, laborieux et scrupuleux Peignot.  ↩

Le Livre, tome I, p. 128-152

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 128.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 128 [152]. Source : Internet Archive.

bibliothèques publiques et privées[128.1], est d’avis qu’ « il y a peu de dépenses, de profusions, je dirais même de prodigalités plus louables que celles qu’on fait pour les livres, lorsque en eux on cherche un refuge, les voluptés de l’âme, l’honneur, la pureté des mœurs, la doctrine et un renom immortel[128.2] ».

En vrai sage et très judicieusement, Gassendi (1592-1656) avait coutume de dire que, « dans le monde, la part des gens de lettres est encore la meilleure, parce qu’ils n’ont pas le loisir de s’ennuyer, ni même de se plaindre de tout ce qui afflige les autres jusqu’au fond de l’âme[128.3] ».

Au début de son Discours de la Méthode[128.4], Descartes (1596-1650) fait cette remarque : « La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées….

« Mais, continue-t-il, je croyais avoir déjà donné assez de temps aux langues, et même aussi à la lecture des livres anciens, et à leurs histoires et à leurs fables. Car c’est quasi le même de converser avec

[I.152.128]
  1.  Musei, sive bibliothecæ tam privatæ quam publicæ exstructio, instructio, cura, usus…. (Lugduni, 1635. In-4.)  ↩
  2.  Ap. Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, pp. 65-66.  ↩
  3.  Ap. Sainte-Beuve, op. cit., t. XIV, p. 122.  ↩
  4.  Pages 12 et 13 (Paris, Didot, 1884. In-18).  ↩

Le Livre, tome I, p. 051-075

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 51.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 51 [075]. Source : Internet Archive.

ceux de Thucydide ou d’Homère aient été jamais réunis sur un seul rouleau, dont la longueur aurait atteint 80 mètres ; mais nous possédons des papyrus égyptiens qui ont près de 45 mètres de longueur. Des rouleaux aussi considérables étaient d’un maniement incommode, ce qui fit dire à Callimaque, poète et bibliothécaire alexandrin vers 260 av. J.-C.  : μεγα βιϐλίον, μεγα κακόυ[051.1]. » La forme, la nature même des volumina, obligeaient ainsi les auteurs à publier leurs ouvrages par sections, et par sections relativement peu étendues : c’est ce qui explique la division en livres des œuvres de la plupart des écrivains latins, d’Horace, de Virgile, d’Ovide, de Martial, Stace, Tibulle, Properce, Apulée, Aulu-Gelle, etc.,

[I.075.051]
  1.  Grand livre, grand inconvénient. Ainsi déjà on se plaignait des grands formats. « Chez les Romains, dont le sens était si exquis pour tout ce qui tient aux choses du goût, on publiait les poésies en petits volumes, et les ouvrages d’histoire en grand format. » (Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque d’amateur, p. 197, note.) Cf. Lalanne, op. cit., p. 24. Remarquons cependant que, d’après Peignot (op. cit., p. 45), la hauteur des volumina était relativement et forcément assez restreinte, les feuilles de papyrus étant collées à la suite les unes des autres, non dans le sens de la hauteur de la plante, — ce qui aurait donné des rouleaux de 2 mètres à 2 m. 50 de haut (cf. supra, p. 46) et aurait été tout à fait incommode, voire impraticable, — mais dans le sens de leur longueur. Dans cette position, leur hauteur n’était plus que de 14 pouces (environ 38 centimètres) pour les plus grandes feuilles de papyrus, et de 5 pouces (14 centimètres) pour les plus petites ; les volumina ne pouvaient donc guère dépasser (en défalquant la rognure des deux tranches) 35 ou 36 centimètres de hauteur.  ↩

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