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Le Livre, tome II, p. 018-034

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 018.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 018 [034]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 019.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 019 [035]. Source : Internet Archive.

singulièrement à la science, — comme si la science avait pris envers nous des engagements et pouvait « faire faillite », — voici la réponse formulée à ce sujet par l’érudit et judicieux Gaston Paris (1839-1903)[018.1] :

« … Cette science pourtant, dont Pasteur fut le prêtre et le prophète, cette science à qui l’on doit tant de merveilles, on l’accuse de n’avoir pas tenu

[II.034.018]
  1.  Dans son discours de réception à l’Académie française, le 28 janvier 1897. Citons encore ces extraits de deux articles de M. H. Harduin, rédacteur au journal le Matin, qui se rapportent à notre sujet : « J’ai eu à me défendre, l’autre jour, contre les reproches à moi adressés par une dame bien pensante. « Passe pour la politique, m’a dit la dame, mais vous ne respectez pas souvent des croyances qui sont cependant respectables. — Madame, ai-je répondu avec une douceur qui n’excluait pas la fermeté, il n’y a pas de croyances respectables. — Vous dites ? fît la dame stupéfaite. — Je dis qu’il n’y a pas de croyances respectables : il n’y a que des croyances…. Lorsque saint Pierre et saint Paul vinrent à Rome, ils se trouvèrent en présence de croyances considérées alors, elles aussi, comme infiniment dignes de respect par ceux qui les professaient. Les Romains y étaient depuis longtemps attachés, de même que vous l’êtes aux vôtres, et Néron remplit son devoir en les défendant énergiquement contre la propagande des nouveaux venus. Ce n’était pas, en effet, pour autre chose que pour conserver l’ordre de choses existant qu’il était empereur ; tous les empereurs et tous les monarques étant, à ce point de vue, logés à la même enseigne. Si lesdits Pierre et Paul avaient été retenus par la considération qu’il existe des croyances dites respectables, vous ne seriez pas chrétienne, ni moi chrétien. » (Le Matin, 14 juillet 1902.) Et cette comparaison des religions et de la science : « Ce qui constitue la supériorité de la science sur les religions, c’est que, pour elle, le dogme, le dogme intangible n’existe pas. Elle admet le fait nouveau ; les religions ne l’admettent pas. Ce fait inconnu, elle est toujours prête à l’examiner, à le discuter ; les religions le condamnent, parce qu’il dérange ce qui est établi. Exemple : un homme se lève, Galilée, et dit : « La terre tourne, elle tourne autour du soleil ». Aussitôt, les chefs religieux se dressent devant lui : « La terre ne tourne pas, car si elle tournait, elle ne serait plus le centre du monde, ce qui a toujours été enseigné, ce que nous savons par révélation, ce qui, conséquemment, est vrai. » Et Galilée est condamné. Mais voici qu’un savant présente un corps nouveau, le radium. Toutes les notions enseignées, admises sur les propriétés de la matière paraissent devoir être bouleversées. Immédiatement, la science s’émeut. Un fait nouveau ? Voyons le fait nouveau. Il va peut-être démolir de fond en comble le dogme scientifique. Tant mieux ! S’il fait succéder la vérité à l’erreur, la science brûlera ce qu’elle avait adoré, elle adorera ce qu’elle brûlait. Et voilà pourquoi ce n’est pas la science qui fait faillite, mais les religions, les unes après les autres, disparaissant en bloc pour ne plus revenir, alors que la science renaît perpétuellement de ses cendres. (Le Matin, 28 décembre 1903.) « Saint Augustin riait de ceux qui croyaient aux antipodes. Aujourd’hui, on rit de saint Augustin, qui n’y croyait pas. » (P.-J. Martin, l’Esprit de tout le monde, p. 256.)  ↩