Mot-clé - Quillet (le roi des équarisseurs de livres)

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Le Livre, tome II, p. 287-303

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 287.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 287 [303]. Source : Internet Archive.

de basane, détachées des reliures anciennes, étaient empilées, selon leur grandeur, et formaient des paquets plus ou moins volumineux, qui se vendaient à la cordonnerie de Paris. Pendant vingt-cinq ans, ce commerce de vieille peausserie a causé l’immolation de deux à trois millions de volumes.

« Les dénicheurs de bons livres anciens, continue le bibliophile Jacob[287.1], se souviennent encore du roi des équarrisseurs, de cet honnête et farouche Quillet, qui avait ses magasins et son atelier sur le quai Saint-Michel, vis-à-vis de la Morgue. Touchant voisinage ! Cet atelier ressemblait à l’antre de Polyphème : on n’y voyait que vieilles reliures en lambeaux, livres écorchés ou déreliés, amas de vieux papiers, de gravures, de bouts de ficelle, détritus bibliographiques en tout genre. C’est là que trônait l’impassible Quillet, les bras nus, le couteau à la main, les reins ceints d’un tablier de boucher. Il passait sa vie à dépecer des livres et à en classer méthodiquement les débris. Si le livre privé de sa reliure lui semblait digne de quelque pitié, il ne le déchiquetait pas immédiatement : il le réservait pour ses clients, libraires ou bouquineurs, qui venaient sans cesse passer en revue les lamentables dépouilles de l’équarrissage. Souvent le livre était sauvé et allait se rajeunir, en faisant peau neuve,

[II.303.287]
  1.  Loc. cit., pp. 76-77.  ↩