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Le Livre, tome II, p. 101-117

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 101.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 101 [117]. Source : Internet Archive.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 102.
Pour suite de note : Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 102 [118]. Source : Internet Archive.

mille qu’on ne lira jamais, du moins de suite ; mais on peut avoir besoin d’en consulter quelques-uns une fois en sa vie. C’est un grand avantage, pour quiconque veut s’instruire, de trouver sous sa main, dans le palais des rois, le volume et la page qu’il cherche, sans qu’on le fasse attendre un moment. C’est une des plus nobles institutions. Il n’y a point eu de dépense plus magnifique et plus utile.

« La bibliothèque publique du roi de France est la plus belle du monde entier, moins encore par le nombre et la rareté des volumes que par la facilité et la politesse avec laquelle les bibliothécaires les prêtent à tous les savants. Cette bibliothèque est sans contredit le monument le plus précieux qui soit en France.

« Cette multitude étonnante de livres ne doit point épouvanter. On a déjà remarqué[101.1] que Paris

[II.117.101]
  1.  Voltaire lui-même, qui, dans ses Conseils à un journaliste (Œuvres complètes, t. IV, p. 615), écrivait : « Un lecteur en use avec les livres comme un citoyen avec les hommes. On ne vit pas avec tous ses contemporains, on choisit quelques amis. Il ne faut pas plus s’effaroucher de voir cent cinquante mille volumes à la Bibliothèque du Roi, que de ce qu’il y a sept cent mille hommes dans Paris. » Et ailleurs : « … Le fait est que la multitude de livres inlisibles dégoûte. Il n’y a plus moyen de rien apprendre, parce qu’il y a trop de choses à apprendre…. La vue d’une bibliothèque me fait tomber en syncope. » (Voltaire, Critique historique, Lettres Chinoises, XII ; Œuvres complètes, t. V, p. 368.) Cf. encore ce qu’écrit l’abbé Sabatier de Castres (1742-1817) : « La multitude des livres est le seul moyen d’en éviter la perte ou l’entière destruction. C’est cette multiplicité qui les a préservés des injures des temps, de la rage des tyrans, du fanatisme des persécuteurs, des ravages des barbares, et qui en a fait passer, au moins une partie, jusqu’à nous, à travers les longs intervalles de l’ignorance et de l’obscurité…. La multitude prodigieuse des livres est parvenue à un tel degré que, non seulement il est impossible de les lire tous, mais même d’en savoir le nombre et d’en connaître les titres. « On ne pourrait pas lire tous les livres, dit un auteur du dernier siècle, quand même on aurait la conformation que Mahomet donne aux habitants de son paradis, où chaque homme aura 70 000 têtes, chaque tête 70 000 bouches, et chaque bouche 70 000 langues, qui parleront toutes 70 000 langages différents. » (Ap. F. Fertiault, op. cit., p. 283.)  ↩