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Le Livre, tome II, p. 098-114

Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 098.
Albert Cim, Le Livre, t. II, p. 098 [114]. Source : Internet Archive.

de la tentation de ces messieurs les acheteurs publics des sottises d’autrui ; je ne veux que de bons ouvrages, c’est pour cela que j’ai une bibliothèque peu garnie. »

Saint-Évremond nous apprend[098.1] qu’ « un choix délicat » le réduit à peu de livres, où il cherche « beaucoup plus le bon esprit que le bel esprit » ; que ce sont les livres latins qui lui fournissent le plus d’agréments, et qu’il ne se lasse pas de les relire. « La vie est trop courte, dit-il encore[098.2], pour lire toute sorte de livres et charger sa mémoire d’une infinité de choses, aux dépens de son jugement. »

« Quelques-uns, par une intempérance de savoir, et par ne pouvoir se résoudre à renoncer à aucune sorte de connaissance (sic), les embrassent toutes et n’en possèdent aucune, remarque La Bruyère[098.3] ; ils aiment mieux savoir beaucoup que de savoir bien, et être faibles et superficiels dans diverses sciences, que d’être sûrs et profonds dans une seule. Ils trou-

[II.114.098]
  1.  De la lecture et du choix des livres : Œuvres choisies, p. 403. (Paris, Garnier, s. d.)  ↩
  2.  Portrait de Saint-Évremond fait par lui-même : op. cit., p. 436. Voir, pour plus de détails sur Saint-Évremond, notre tome I, page 145.  ↩
  3.  Les Caractères, De la mode, p. 349. (Paris, Dezobry, 1849.)  ↩

Le Livre, tome I, p. 303-327

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 303.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 303 [327]. Source : Internet Archive.

Le Livre, tome I, p. 243-267

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 243.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 243 [267]. Source : Internet Archive.

tions de Bâle, texte grec également, sans traduction latine, dont il se servait dans ses classes. Étant encore à Port-Royal, entre 1655 et 1658, il trouva par hasard le roman grec de Théogène et Chariclée, d’Héliodore. Il le dévorait, lorsque, raconte-t-on, le sacristain et professeur, Claude Lancelot, le surprit dans cette lecture, lui arracha le livre et le jeta au feu. Le jeune Racine réussit à s’en procurer un autre exemplaire, qui eut le même sort. Il en acheta un troisième, et, pour n’en plus craindre la perte, l’apprit par cœur ; il le porta alors au bon Lancelot et lui dit : « Vous pouvez brûler celui-ci comme vous avez brûlé les autres : je n’en ai plus besoin[243.1] ».

Saint-Évremond (1613-1703) écrit[243.2] :

« … Don Quichotte, de Cervantès, est un ouvrage que je puis lire toute ma vie, sans être dégoûté un seul moment. De tous les livres que j’ai lus, Don Quichotte est celui que j’aimerais mieux avoir fait : il n’y en a point, à mon avis, qui puisse contribuer davantage à nous former un bon goût sur toutes choses…. Quevedo[243.3] paraît un auteur fort ingénieux ; mais je l’estime plus d’avoir voulu brûler tous ses livres, quand il lisait Don Quichotte, que de les avoir su faire. » Et plus loin[243.4] : « Les Essais de Montaigne,

[I.267.243]
  1.  Cf. Peignot, op. cit., t. I, pp. 165 et s.  ↩
  2.  De quelques livres espagnols, italiens et français, Œuvres choisies, p. 406. (Paris, Garnier, s. d., édit. Gidel.)  ↩
  3.  Cf. supra, pp. 233-234.  ↩
  4.  Op. cit., même page.  ↩

Le Livre, tome I, p. 145-169

Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 145.
Albert Cim, Le Livre, t. I, p. 145 [169]. Source : Internet Archive.

Dans ses réflexions à propos De la lecture et du choix des livres[145.1], Saint-Évremond (1613-1703) nous explique ainsi son goût :

« J’aime le plaisir de la lecture autant que jamais, pour dépendre plus particulièrement de l’esprit qui ne s’affaiblit pas comme les sens. A la vérité, je cherche plus dans les livres ce qui me plaît que ce qui m’instruit. A mesure que j’ai moins de temps à pratiquer les choses, j’ai moins de curiosité pour les apprendre. J’ai plus de besoin du fond de la vie que de la manière de vivre ; et le peu que j’en ai s’entretient mieux par des agréments que par des instructions. Les livres latins m’en fournissent le plus, et je relis mille fois ce que j’y trouve de beau, sans m’en dégoûter.

« Un choix délicat me réduit à peu de livres, où je cherche beaucoup plus le bon esprit que le bel esprit. »

Ailleurs, dans Son portrait fait par lui-même[145.2], il revient sur ces considérations et les commente en ces termes :

« La vie est trop courte, à son avis, pour lire toutes sortes de livres et charger sa mémoire d’une infinité de choses, aux dépens de son jugement ; il ne s’attache point aux écrits les plus savants, pour acquérir

[I.169.145]
  1.  Saint-Évremond, Œuvres choisies, pp. 402-403. (Paris, Garnier, s. d.)  ↩
  2.  Id., ibid., p. 436.  ↩